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Se rémunérer en SASU : salaire, dividendes ou les deux

Fiscalité

09 October 2026

9 min

Se rémunérer en SASU : options du président

Le président de SASU dispose de trois leviers pour se rémunérer : le salaire, le dividende et le remboursement de son compte courant d'associé. Les trois n'obéissent pas aux mêmes règles, ne coûtent pas la même chose et n'ouvrent pas les mêmes droits. Beaucoup de dirigeants s'en tiennent au dividende parce qu'il est moins cher à court terme. C'est un calcul qui se retourne au premier arrêt de travail et à la retraite.

Le statut du président : assimilé salarié, sans chômage

Le président de SASU est assimilé salarié. Dès qu'il perçoit une rémunération au titre de son mandat, il est affilié au régime général de la sécurité sociale : un bulletin de paie doit être établi et une déclaration sociale nominative transmise chaque mois. Il n'a pas de contrat de travail au titre du mandat et n'est pas affilié à l'assurance chômage. Il ne cotise pas à ce titre et n'ouvre aucun droit à l'allocation de retour à l'emploi.

Cette exclusion a une conséquence technique que peu de dirigeants anticipent : la réduction générale de cotisations patronales, qui allège fortement le coût des bas salaires, ne s'applique pas au président de SASU, précisément parce qu'elle est réservée aux salariés affiliés à l'assurance chômage. Une rémunération de dirigeant au niveau du SMIC, porté à 12,31 € de l'heure et 1 867,02 € bruts par mois pour 35 heures au 1er juin 2026, coûte donc proportionnellement plus cher qu'un salaire d'employé au même niveau. Le mécanisme est détaillé dans notre article sur le coût réel d'un salarié.

En pratique, on retient un coût employeur de l'ordre de 145 % du brut et des cotisations salariales de l'ordre de 22 % du brut. Un brut de 1 000 € coûte donc environ 1 450 € à la société et laisse environ 780 € nets avant impôt sur le revenu. Ces taux varient selon la prévoyance souscrite ; ils donnent l'ordre de grandeur utile au calcul.

Ce que le salaire achète exactement

Trois droits, tous chiffrables.

La retraite de base d'abord. La validation des trimestres repose sur le SMIC horaire, soit 12,31 € depuis le 1er juin 2026. Il faut une rémunération soumise à cotisations d'au moins 150 fois le SMIC horaire pour valider un trimestre, soit 1 846,50 €, et 600 fois le SMIC horaire pour en valider quatre, soit 7 386 € sur l'année. Un président sans salaire ne valide rien, quel que soit le montant des dividendes qu'il perçoit.

Combien coûtent ces quatre trimestres ? 7 386 € de brut représentent environ 10 710 € de coût pour la société, dont environ 4 950 € de cotisations. Le président encaisse environ 5 760 € nets. C'est le prix d'entrée pour ne pas avoir d'année blanche à la retraite.

Les indemnités journalières ensuite. Pour un arrêt de travail de moins de six mois, il faut avoir cotisé sur une rémunération au moins égale à 1 015 fois le SMIC horaire au cours des six mois civils précédents, soit environ 12 495 €, ou avoir travaillé au moins 150 heures au cours des trois derniers mois civils. Sans rémunération, aucune indemnité en cas d'arrêt maladie ou de congé maternité.

La retraite complémentaire enfin. Elle s'acquiert par points auprès de l'Agirc-Arrco, sur la tranche 1 jusqu'à 48 060 €, soit le plafond annuel de la sécurité sociale 2026, puis sur la tranche 2 au-delà. C'est la part de la pension la plus sensible au niveau de rémunération déclaré.

Le dividende : moins cher, mais borné

Le dividende du président de SASU ne supporte aucune cotisation sociale. C'est l'avantage central de la forme. Il est soumis au prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % depuis le 1er janvier 2026, soit 12,8 % d'impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux, ou au barème progressif sur option globale annuelle avec un abattement de 40 %.

Mais il n'est pas disponible à volonté. Il suppose un bénéfice distribuable, une dotation à la réserve légale de 5 % du bénéfice jusqu'à ce qu'elle atteigne 10 % du capital social, et une décision de l'associé unique approuvant les comptes, prise dans les six mois de la clôture. Le versement intervient dans les neuf mois de la clôture. Un dividende ne finance donc pas un budget mensuel : il tombe une fois par an, après coup, et seulement si l'exercice est bénéficiaire.

Il est également prélevé après l'impôt sur les sociétés, là où le salaire est déductible du résultat. Cet impôt s'élève à 15 % dans la limite de 42 500 € de bénéfice imposable par période de douze mois, puis à 25 % au-delà, sous réserve d'un chiffre d'affaires n'excédant pas 10 millions d'euros et d'un capital entièrement libéré détenu pour au moins 75 % par des personnes physiques.

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L'arbitrage chiffré sur un cas concret

Une SASU dégage 90 000 € de résultat avant rémunération du président. Celui-ci est célibataire, sans autre revenu. Comparons deux stratégies.

Stratégie 1, tout en dividendes. Le résultat imposable reste de 90 000 €. L'impôt sur les sociétés s'élève à 6 375 € sur les 42 500 premiers euros, puis 11 875 € sur le solde, soit 18 250 €. Le distribuable atteint 71 750 €. Le PFU à 31,4 % prélève 22 530 €. Le président encaisse environ 49 220 €, nets de tout.

Stratégie 2, un salaire de 2 000 € bruts par mois et le solde en dividendes. Le brut annuel s'élève à 24 000 €, pour un coût d'environ 34 800 €. Le résultat imposable tombe à 55 200 €. L'impôt sur les sociétés s'élève à 6 375 € plus 3 175 €, soit 9 550 €. Le distribuable atteint 45 650 €, dont il reste environ 31 320 € après PFU. Le salaire laisse environ 18 720 € nets avant impôt sur le revenu. Total : environ 50 040 €.

L'option mixte rapporte environ 815 € de plus. Elle valide en outre quatre trimestres, ouvre le droit aux indemnités journalières et alimente la retraite complémentaire. En contrepartie, les 18 720 € de salaire net entrent dans le barème progressif de l'impôt sur le revenu, ce que ne fait pas le dividende soumis au PFU. Après impôt, les deux stratégies se tiennent à quelques centaines d'euros.

C'est le vrai enseignement du calcul. À ce niveau de résultat, la différence entre les deux options n'est pas fiscale, elle est sociale. Se verser un salaire ne coûte quasiment rien de plus et achète une couverture que le dividende n'achète pas.

Le troisième levier : le compte courant d'associé

Si vous avez apporté de la trésorerie à votre société, le remboursement de ce compte courant n'est ni un salaire ni un dividende. Ce n'est pas un revenu, mais la restitution d'une créance. Il ne supporte donc ni cotisations ni impôt. Pour un dirigeant qui a financé le démarrage sur ses fonds propres, c'est la première source de trésorerie personnelle à mobiliser.

Les intérêts que la société vous verse éventuellement sur ce compte sont, eux, des revenus de capitaux mobiliers soumis au PFU à 31,4 %. Leur déduction du résultat de la société est plafonnée par un taux maximal publié trimestriellement par l'administration.

Dernier levier, souvent négligé : le remboursement de frais professionnels engagés pour le compte de la société. Sur justificatifs et au réel, il n'est ni imposable ni soumis à cotisations. Il suppose une tenue rigoureuse des notes de frais et un lien direct avec l'activité.

Trois erreurs fréquentes

  • Ne rien se verser la première année, par prudence de trésorerie, et perdre quatre trimestres de retraite pour une économie d'environ 4 950 € de cotisations.
  • Décider du dividende après la clôture, une fois l'impôt sur les sociétés figé. L'arbitrage se fait avant : le salaire est déductible du résultat, le dividende ne l'est pas.
  • Prélever de la trésorerie en cours d'année en la qualifiant de dividende. Un dividende versé sans décision d'approbation des comptes est un dividende fictif. Il est requalifiable et engage la responsabilité du dirigeant.

La méthode qui évite les trois : arrêter le principe de la rémunération en début d'exercice, ajuster le montant en cours d'année selon le résultat prévisionnel, et réserver le dividende à ce qui reste après clôture. Le déroulé de cette dernière étape est détaillé dans notre article sur l'approbation des comptes annuels.

Ce qu'il faut retenir

En SASU, le dividende reste fiscalement moins coûteux que le salaire, mais l'écart s'est resserré avec le passage du PFU à 31,4 % au 1er janvier 2026, et il n'achète aucun droit social. Sur un résultat de 90 000 €, une stratégie mixte associant 24 000 € de salaire brut et le solde en dividendes fait jeu égal avec une distribution intégrale, tout en ouvrant la retraite et les indemnités journalières.

Le bon réflexe est de fixer d'abord un salaire plancher : 7 386 € bruts sur l'année valident quatre trimestres, environ 12 495 € sur six mois ouvrent les indemnités journalières. Au-delà de ce plancher, l'arbitrage dépend de votre taux marginal d'imposition, de vos autres revenus et de votre horizon de retraite. Le raisonnement complet sur les taux figure dans notre article sur la flat tax à 31,4 %.

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