Salaire ou dividendes : ce que change la flat tax à 31,4 %
Fiscalité
02 October 2026
9 min

Depuis le 1er janvier 2026, le prélèvement forfaitaire unique appliqué aux dividendes n'est plus de 30 %. Il est de 31,4 %. La part impôt sur le revenu reste fixée à 12,8 %, mais les prélèvements sociaux sur les revenus du capital sont passés de 17,2 % à 18,6 %, en application de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 (loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025).
1,4 point supplémentaire, cela semble anecdotique. Sur une distribution de 79 250 €, cela représente 1 110 € de prélèvement en plus. Surtout, cela périme la totalité des comparatifs salaire contre dividendes publiés avant cette date. Si vous avez arbitré votre rémunération sur une base de 30 %, le calcul est à refaire.
Ce qui a changé exactement au 1er janvier 2026
Le PFU, souvent appelé flat tax, est un prélèvement libératoire à deux étages sur les revenus de capitaux mobiliers. Le premier étage est l'impôt sur le revenu, à 12,8 %. Il n'a pas bougé. Le second regroupe les prélèvements sociaux sur les revenus du patrimoine et de placement : CSG, CRDS et prélèvement de solidarité. C'est ce second étage qui est passé de 17,2 % à 18,6 %.
Le taux global s'applique de la même façon à l'ensemble des revenus concernés : dividendes, intérêts, plus-values de cession de titres, produits d'assurance vie relevant du PFU. La question déborde donc largement celle de la rémunération du dirigeant.
La mécanique de recouvrement, elle, ne bouge pas. Lorsque la société verse un dividende à une personne physique résidente, elle prélève à la source un acompte de 12,8 % au titre de l'impôt sur le revenu, auquel s'ajoutent les prélèvements sociaux. L'acompte est reversé au Trésor le mois suivant, puis s'impute sur l'impôt finalement dû.
Une dispense de cet acompte reste possible. Elle est prévue par l'article 117 quater du Code général des impôts, qui fixe les seuils : un revenu fiscal de référence de l'avant-dernière année inférieur à 50 000 € pour une personne seule, y compris divorcée ou veuve, ou à 75 000 € pour un couple soumis à imposition commune. La dispense prend la forme d'une attestation sur l'honneur remise à la société avant le 30 novembre de l'année précédant le paiement. Passé ce délai, elle est perdue pour l'année suivante.
Attention à son périmètre, souvent mal compris : la dispense ne porte que sur l'acompte d'impôt sur le revenu de 12,8 %. Les prélèvements sociaux de 18,6 % sont prélevés à la source dans tous les cas, sans exception possible. Une dispense accordée ne dispense donc de rien d'autre que d'une avance de trésorerie.
Vous conservez par ailleurs l'option pour le barème progressif de l'impôt sur le revenu. Elle ouvre droit à un abattement de 40 % sur le montant brut du dividende et à la déductibilité d'une fraction de la CSG sur le revenu global de l'année suivante. Cette option est globale : elle vise l'ensemble de vos revenus de capitaux mobiliers et de vos plus-values de l'année, sans possibilité de choisir ligne par ligne. Elle se formule chaque année au dépôt de la déclaration et devient irrévocable pour l'année concernée. Les prélèvements sociaux à 18,6 % restent dus dans les deux cas.
L'arbitrage refait, chiffres à l'appui
Prenons une SASU dont le résultat avant rémunération du président s'élève à 100 000 €. Le dirigeant est célibataire, sans autre revenu. Deux options extrêmes, pour poser les bornes du raisonnement.
Première option : aucune rémunération, tout en dividendes. Le résultat imposable reste de 100 000 €. L'impôt sur les sociétés s'applique au taux réduit de 15 % dans la limite de 42 500 € de bénéfice imposable par période de douze mois, puis au taux normal de 25 % au-delà. Le taux réduit suppose un chiffre d'affaires n'excédant pas 10 millions d'euros et un capital entièrement libéré, détenu pour au moins 75 % par des personnes physiques. L'impôt s'élève donc à 6 375 € plus 14 375 €, soit 20 750 €. Reste 79 250 € distribuables. Le PFU à 31,4 % prélève 24 885 €. Le président encaisse 54 365 €, nets de tout. Avec l'ancien taux de 30 %, il aurait encaissé 55 475 €.
Seconde option : aucun dividende, tout en rémunération. Le président de SASU est assimilé salarié, affilié au régime général mais exclu de l'assurance chômage. On retient un coût employeur de l'ordre de 145 % du salaire brut et des cotisations salariales de l'ordre de 22 % du brut. Ces taux varient selon la prévoyance souscrite et la structure de la rémunération ; ils donnent l'ordre de grandeur utile à la décision. L'enveloppe de 100 000 € finance un brut d'environ 68 970 €, dont il reste environ 53 800 € nets avant impôt sur le revenu. Le résultat imposable tombe à zéro, l'impôt sur les sociétés aussi.
Le verdict est net, et il l'est devenu davantage depuis que le taux réduit d'impôt sur les sociétés allège la première tranche du bénéfice. Le dividende laisse 54 365 € définitivement acquis. La rémunération laisse 53 800 €, mais ces 53 800 € restent à soumettre au barème progressif de l'impôt sur le revenu. Le dividende gagne donc avant même l'application du barème, et l'écart se creuse ensuite.
Sur le seul cash d'une année, la conclusion est sans ambiguïté. Ce n'est pas la conclusion de cet article.
.webp)

Preston Expertise :
Expert-comptable pour TPE et PME
Parlez-en à un expert-comptable, pas à un commercial
Vingt minutes pour faire le point sur votre situation : la forme de votre société, vos échéances en cours et votre paie si vous avez des salariés. Forfait société à 199 € HT par mois.
.webp)
Pourquoi le net immédiat ne suffit pas à trancher
Les cotisations prélevées sur un salaire ne sont pas un impôt. Elles achètent des droits, et ces droits ont une valeur qu'aucun tableau de flat tax ne fait apparaître.
Premier droit : la retraite de base. La validation des trimestres repose sur le SMIC horaire, porté à 12,31 € brut au 1er juin 2026. Il faut une rémunération soumise à cotisations d'au moins 150 fois le SMIC horaire pour valider un trimestre, soit 1 846,50 €, et 600 fois le SMIC horaire pour en valider quatre, soit 7 386 € sur l'année. Un dirigeant qui ne se verse que des dividendes ne valide aucun trimestre, quel que soit le montant distribué. Sur dix ans, cela représente quarante trimestres manquants et une décote définitive sur la pension.
Deuxième droit : les indemnités journalières maladie et maternité. Pour un arrêt de moins de six mois, il faut avoir cotisé sur une rémunération au moins égale à 1 015 fois le SMIC horaire au cours des six mois civils précédents, soit environ 12 495 €, ou avoir travaillé au moins 150 heures au cours des trois derniers mois civils. Sans salaire, aucune indemnité.
Troisième droit : la retraite complémentaire Agirc-Arrco, qui s'acquiert par points, sur la tranche 1 jusqu'à 48 060 €, soit le plafond annuel de la sécurité sociale 2026, puis sur la tranche 2 au-delà. C'est la partie la plus visible de l'écart de pension entre un dirigeant qui s'est versé un salaire et un dirigeant qui s'est versé des dividendes.
S'y ajoute un effet fiscal simple : la rémunération est déductible du résultat de la société, le dividende ne l'est pas. Chaque euro de salaire réduit la base de l'impôt sur les sociétés. Chaque euro de dividende est prélevé après cet impôt.
Les contraintes juridiques du dividende
Le dividende n'est pas un robinet. Trois règles bornent son usage.
- Il suppose un bénéfice distribuable : bénéfice de l'exercice, diminué des pertes antérieures et des dotations à la réserve légale, augmenté du report à nouveau bénéficiaire.
- La réserve légale doit être dotée à hauteur de 5 % du bénéfice de l'exercice, jusqu'à ce qu'elle atteigne 10 % du capital social.
- La distribution est décidée lors de l'approbation des comptes, qui doit intervenir dans les six mois de la clôture. Le versement a lieu dans les neuf mois de la clôture, sauf prolongation judiciaire.
Traduction concrète : le dividende tombe une fois par an, après clôture, et seulement si l'exercice est bénéficiaire. Il ne finance pas un budget mensuel. Le déroulé de cette étape est traité dans notre article sur l'assemblée générale d'approbation des comptes.
Un dividende prélevé en cours d'année, sans décision d'approbation, est un dividende fictif. Il est requalifiable et engage la responsabilité du dirigeant.
Le cas particulier du gérant majoritaire
Tout ce qui précède vaut pour un président de SASU ou de SAS. Pour un gérant majoritaire de SARL ou un gérant associé unique d'EURL, la règle est nettement plus lourde. La fraction des dividendes qui dépasse 10 % du total formé par le capital social, les primes d'émission et les sommes versées en compte courant d'associé est soumise aux cotisations des travailleurs non salariés, en plus de l'impôt. Avec un capital de 1 000 €, la tolérance est de 100 €. Au-delà, l'arbitrage bascule presque toujours vers la rémunération. Les conséquences sont détaillées dans notre comparatif gérant majoritaire ou assimilé salarié.
La bonne méthode : arbitrer avant la clôture
L'erreur la plus coûteuse consiste à se poser la question après la clôture. À ce stade, le résultat est figé, l'impôt sur les sociétés est calculé, et le seul levier restant est la distribution. Le salaire, lui, se décide pendant l'exercice, parce qu'il en réduit la base imposable.
La séquence utile tient en trois temps. Fixer en début d'exercice un salaire plancher couvrant les droits sociaux. Ajuster ce salaire en cours d'année selon le résultat prévisionnel, notamment pour rester sous ou au-dessus de la limite de 42 500 € soumise à l'impôt sur les sociétés au taux réduit. Arbitrer la distribution du solde après clôture, une fois le résultat connu.
Ce qu'il faut retenir
Le passage du PFU de 30 % à 31,4 % au 1er janvier 2026 ne renverse pas l'arbitrage, il le resserre. Sur un résultat de 100 000 € en SASU, la distribution intégrale laisse 54 365 € en poche contre 55 475 € sous l'ancien taux. La conclusion purement fiscale reste favorable au dividende, mais chaque réforme des prélèvements sociaux réduit l'écart, et rien n'indique que le mouvement s'arrête.
La bonne réponse est rarement une option pure. Un salaire calibré pour valider quatre trimestres et ouvrir les indemnités journalières, complété par une distribution annuelle, coûte peu et sécurise l'essentiel. Le bon niveau de ce salaire dépend de votre situation familiale, de vos autres revenus et de votre horizon de retraite. C'est un calcul à refaire chaque année. Notre article sur la rémunération du président de SASU détaille la construction de ce mix.

Le blog
D'autres articles
.webp)

EXPERT-COMPTABLE · PARIS & ÎLE-DE-FRANCE
Parlons de votre dossier avant de parler de tarif.
Vingt minutes avec un expert-comptable pour faire le point sur votre comptabilité actuelle, vos échéances et ce qui peut être repris.
.webp)







