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Combien coûte vraiment un salarié : du brut au coût total

Social

19 October 2026

9 min

Coût réel d'un salarié, du salaire brut au net

Un salarié payé 2 500 € brut par mois ne coûte pas 2 500 € à votre entreprise, et il n'en perçoit pas 2 500 € non plus. Entre ces deux montants se trouvent deux couches de cotisations, une trentaine de lignes de bulletin de paie et un écart qui surprend encore beaucoup de dirigeants au moment de recruter. Voici la décomposition complète, chiffres à l'appui, sur la base des taux et des plafonds applicables en 2026.

Les quatre montants qu'il ne faut pas confondre

Un bulletin de paie fait apparaître quatre chiffres différents pour un même salarié. Les mélanger est la première cause de malentendu dans une négociation d'embauche.

  • Le salaire brut : la rémunération inscrite au contrat de travail. C'est la base de calcul de toutes les cotisations, et le seul montant qui se négocie avec un candidat.
  • Le net avant impôt : le brut moins les cotisations salariales. C'est ce que le candidat appelle spontanément son salaire.
  • Le net à payer : le net avant impôt moins le prélèvement à la source. C'est le virement réellement reçu.
  • Le coût employeur : le brut plus les cotisations patronales, diminué des allègements. C'est votre ligne de dépense réelle.

Un cinquième chiffre figure désormais sur le bulletin : le montant net social. Il sert de base aux organismes sociaux pour calculer le RSA et la prime d'activité. Sa déclaration en DSN devient obligatoire pour le régime général au 1er janvier 2027. Il ne change rien à ce que vous payez, mais vos salariés vous poseront des questions dessus.

Du brut au net : les cotisations à la charge du salarié

Les cotisations salariales sont retenues sur le brut. Pour un salarié non cadre dont la rémunération reste sous le plafond mensuel de la sécurité sociale, fixé à 4 005 € en 2026, les taux sont les suivants.

  • Assurance vieillesse plafonnée : 6,90 %, dans la limite du plafond mensuel.
  • Assurance vieillesse déplafonnée : 0,40 %, sur la totalité du brut.
  • Retraite complémentaire Agirc-Arrco, tranche 1 : 3,15 %.
  • Contribution d'équilibre général, tranche 1 : 0,86 %.
  • CSG et CRDS : 9,70 % au total, soit 6,80 % de CSG déductible, 2,40 % de CSG non déductible et 0,50 % de CRDS. Particularité : ces contributions ne se calculent pas sur le brut mais sur 98,25 % du brut, un abattement de 1,75 % pour frais professionnels s'appliquant dans la limite de quatre plafonds annuels.

Additionnées, ces retenues représentent 20,84 % du salaire brut. Le salarié conserve donc 79,16 % de son brut avant impôt sur le revenu. Deux précisions comptent. Il n'existe plus de cotisation chômage salariale depuis 2018. Et ce total n'inclut pas la part salariale de la mutuelle d'entreprise, qui vient s'y ajouter et dépend de votre contrat collectif.

Pour un cadre, la logique est identique mais deux lignes s'ajoutent : la cotisation Apec et, au-delà du plafond, la tranche 2 de retraite complémentaire, dont le taux salarial atteint 8,64 %, auquel s'ajoute une contribution d'équilibre général de 1,08 %. Un cadre payé au-dessus de 4 005 € voit donc son taux de retenue augmenter sur la seule fraction qui dépasse le plafond.

Exemple 1 : un salarié au SMIC

Depuis le 1er juin 2026, le SMIC est fixé à 12,31 € brut de l'heure, soit 1 867,02 € brut par mois pour 35 heures hebdomadaires. Cette hausse de 2,41 % résulte de l'arrêté du 22 mai 2026, publié au Journal officiel du 24 mai 2026. Elle a été déclenchée en cours d'année par le mécanisme légal d'indexation sur l'inflation, en plus de la revalorisation du 1er janvier. Si votre grille interne ou vos contrats étaient calés sur le montant de janvier, ils sont à reprendre.

Sur ces 1 867,02 € :

  • assurance vieillesse plafonnée : 128,82 €
  • assurance vieillesse déplafonnée : 7,47 €
  • retraite complémentaire tranche 1 : 58,81 €
  • contribution d'équilibre général : 16,06 €
  • CSG et CRDS, sur une assiette de 1 834,35 € : 177,93 €

Total des cotisations salariales : 389,09 €. Le salarié perçoit 1 477,93 € net avant impôt sur le revenu. C'est le montant que la plupart de vos candidats ont en tête lorsqu'ils parlent du SMIC.

Exemple 2 : un salarié à 2 500 € brut

Même méthode, mêmes taux, la rémunération restant sous le plafond mensuel.

  • assurance vieillesse plafonnée : 172,50 €
  • assurance vieillesse déplafonnée : 10,00 €
  • retraite complémentaire tranche 1 : 78,75 €
  • contribution d'équilibre général : 21,50 €
  • CSG et CRDS, sur une assiette de 2 456,25 € : 238,26 €

Total : 521,01 €. Le salarié perçoit 1 978,99 € net avant impôt. Une fois le prélèvement à la source appliqué, avec un taux personnalisé de 5 % par exemple, le virement tombe autour de 1 880 €. Retenez le rapport : entre le brut annoncé en entretien et l'argent qui arrive sur le compte, il y a environ 25 % d'écart. C'est précisément là que naissent les malentendus lors d'une première embauche.

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Du brut au coût employeur : les cotisations patronales

Deuxième couche, invisible pour le salarié. Pour une entreprise de moins de 11 salariés, sur une rémunération inférieure au plafond mensuel, les taux patronaux de droit commun sont les suivants.

  • maladie, maternité, invalidité, décès : 13,00 %
  • allocations familiales : 5,25 %
  • assurance vieillesse plafonnée : 8,55 %
  • assurance vieillesse déplafonnée : 2,11 %
  • retraite complémentaire Agirc-Arrco, tranche 1 : 4,72 %
  • contribution d'équilibre général, tranche 1 : 1,29 %
  • assurance chômage : 4,00 %
  • AGS, la garantie des salaires : 0,20 %
  • FNAL : 0,10 % sous 50 salariés, 0,50 % au-delà
  • contribution solidarité autonomie : 0,30 %
  • contribution à la formation professionnelle : 0,55 % sous 11 salariés, 1,00 % au-delà
  • taxe d'apprentissage : 0,68 %

Total : 40,75 % du salaire brut. S'y ajoutent les accidents du travail et maladies professionnelles, dont le taux vous est notifié chaque année par la Carsat selon votre code risque et votre sinistralité, et, en Île-de-France, le versement mobilité à partir de 11 salariés, à un taux fixé selon la commune d'implantation.

Nouveauté 2026 : les taux réduits ont disparu

Jusqu'en 2025, deux taux réduits, appelés bandeaux, allégeaient ces cotisations sur les bas salaires : 7 % de maladie sous 2,5 SMIC et 3,45 % d'allocations familiales sous 3,5 SMIC. Ils sont abrogés depuis le 1er janvier 2026. Tout le monde relève désormais du taux plein, et la compensation passe intégralement par la réduction générale. Des taux réduits subsistent, mais uniquement pour les employeurs relevant d'exonérations zonées ou sectorielles : Lodéom, travailleurs occasionnels agricoles, aide à domicile, ZRD, ZFRR, ZFU. Hors de ces cas, les bandeaux n'existent plus.

La réduction générale dégressive unique

Elle a remplacé au 1er janvier 2026 l'ancienne réduction Fillon et les deux bandeaux. Elle s'impute chaque mois, salarié par salarié, sur la plupart des lignes ci-dessus : sécurité sociale, allocations familiales, chômage, retraite complémentaire, FNAL, contribution solidarité autonomie et une fraction des accidents du travail. Ses paramètres pour 2026 :

  • Coefficient maximal : 0,3981 pour les entreprises de moins de 50 salariés, 0,4021 pour celles de 50 salariés et plus.
  • Coefficient minimal : 0,0200.
  • Exposant : 1,75, ce qui rend la dégressivité plus douce en bas de grille qu'une simple droite.
  • Point de sortie : 3 SMIC, contre 1,6 SMIC avant la réforme. Beaucoup plus de salariés sont donc concernés qu'auparavant.

Traduction concrète : au niveau du salaire minimum, la réduction atteint près de 39,81 points de cotisations patronales pour une entreprise de moins de 50 salariés. Elle absorbe donc la quasi-totalité des 40,75 % listés plus haut. Un salarié au SMIC coûte en pratique à peine plus que son brut. À mesure que la rémunération augmente, la réduction décroît, puis s'annule au-delà de 3 SMIC.

Le piège du SMIC de référence

Voici le point que presque personne ne relève, et qui fausse tous les calculs faits à la main cette année. Le SMIC a été revalorisé deux fois en 2026, au 1er janvier puis au 1er juin. Mais le SMIC qui sert à calculer la réduction générale est gelé à sa valeur du 1er janvier, soit 12,02 € de l'heure et 1 823,03 € par mois, pour toute l'année 2026. Ce gel résulte du décret n° 2026-509 du 12 juin 2026.

Il faut donc manier deux SMIC en parallèle :

  • pour la rémunération, le coût employeur et le respect du salaire minimum légal, c'est le SMIC de juin : 12,31 €/h, 1 867,02 €/mois ;
  • pour la formule de la réduction générale, c'est le SMIC gelé de janvier : 12,02 €/h, 1 823,03 €/mois.

Conséquence chiffrée : le point de sortie de 3 SMIC correspond à 5 469,09 € brut par mois, soit seulement 2,93 fois le SMIC réellement versé depuis juin. Le gel resserre donc mécaniquement le champ de la réduction. Si votre logiciel de paie n'a pas été mis à jour en juin, il produit un montant erroné tous les mois.

Trois effets à anticiper

  • Une augmentation de 100 € brut coûte davantage que 100 € plus les cotisations correspondantes : elle réduit aussi l'allègement. Plus le salarié est proche du SMIC, plus l'effet est marqué.
  • Tout élément versé dans le mois entre dans le calcul, y compris une prime exceptionnelle. C'est vrai en particulier de la prime de partage de la valeur, intégrée depuis le 1er janvier 2025 à la rémunération retenue.
  • Au-delà de 3 SMIC, plus aucun allègement : le coût employeur repasse au taux plein.

Les coûts qui ne figurent sur aucun bulletin

  • Les congés payés : 2,5 jours ouvrables par mois de travail effectif, soit cinq semaines par an. Vous payez douze mois pour environ onze mois de présence.
  • La mutuelle collective : obligatoire depuis le 1er janvier 2016, avec une participation employeur d'au moins 50 % de la cotisation du panier de soins minimum.
  • La prévoyance : obligatoire pour les cadres, souvent imposée par la convention collective pour les autres.
  • La médecine du travail : cotisation annuelle par salarié auprès du service de prévention et de santé au travail.
  • Les absences : jours fériés, maintien de salaire en cas de maladie selon la convention collective, gestion de la subrogation.
  • Le poste de travail : matériel, licences, formation, tickets restaurant, forfait mobilités.

Un poste pèse plus lourd que tous les autres : la convention collective. Salaire minimum conventionnel supérieur au SMIC, prime d'ancienneté, treizième mois, classification, durée de préavis. Tout cela s'impose à vous et n'apparaît dans aucun simulateur brut-net générique. Vérifier l'IDCC applicable avant de fixer un salaire évite de découvrir un rappel deux ans plus tard, lors d'un contrôle ou d'une rupture conventionnelle où le salaire de référence sera recalculé.

Ce qu'il faut retenir

Entre le brut et le net, l'écart est stable et calculable : 20,84 % de cotisations salariales pour un non cadre sous le plafond, soit 79,16 % du brut conservé avant impôt. Un SMIC à 1 867,02 € brut laisse 1 477,93 € net, un salaire de 2 500 € brut laisse 1 978,99 €. Ces deux chiffres permettent de répondre précisément à un candidat sans attendre le premier bulletin.

Entre le brut et le coût employeur, la réponse tient en deux nombres : 40,75 % de cotisations patronales au taux plein, hors accidents du travail, et une réduction générale qui peut en effacer près de 39,81 points au niveau du salaire minimum avant de s'annuler à 3 SMIC. La réforme de 2026 a supprimé les taux réduits et déplacé le point de sortie de 1,6 à 3 SMIC : votre paramétrage de paie de 2025 n'est plus valable. Et n'oubliez pas le gel du SMIC de référence au 1er janvier, qui impose de faire cohabiter deux valeurs différentes dans un même bulletin. Raisonnez toujours en coût annuel chargé, congés payés et charges annexes compris, et faites simuler le poste avant de signer.

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