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CFE : qui la paie, comment elle se calcule, quand la régler

Fiscalité

13 November 2026

10 min

Cotisation foncière des entreprises : calcul et paiement

La cotisation foncière des entreprises a longtemps été traitée comme un impôt secondaire, l'accessoire d'un ensemble plus large. Ce n'est plus le cas. La CVAE, son pendant assis sur la valeur ajoutée, s'efface : son taux effectif est nul pour les entreprises dont le chiffre d'affaires est inférieur à 500 000 €, et sa suppression définitive est fixée à 2030. Pour la quasi-totalité des TPE et PME, il ne reste donc qu'un seul impôt économique local : la CFE.

Elle apparaît chaque année en novembre dans l'espace professionnel, se paie au plus tard le 15 décembre, et surprend régulièrement les dirigeants par son montant. Voici comment elle se construit, ligne par ligne.

Qui est redevable

La CFE est due par toute personne physique ou morale qui exerce à titre habituel une activité professionnelle non salariée en France au 1er janvier de l'année d'imposition. Le critère n'est ni la forme juridique, ni le fait de dégager un bénéfice.

Sont donc redevables les sociétés commerciales, les entreprises individuelles, les micro-entrepreneurs, les professions libérales et, sous conditions, les loueurs en meublé. Une société en sommeil qui n'a pas cessé son activité au sens fiscal reste redevable. Une société qui n'a réalisé aucun chiffre d'affaires reste redevable si elle exerce toujours. C'est une différence notable avec l'impôt sur les sociétés, où l'absence de bénéfice se traduit par une absence d'impôt, le taux réduit de 15 % s'appliquant dans la limite de 42 500 € de bénéfice imposable.

Point qui revient souvent : travailler depuis son domicile ne dispense pas de la CFE. Le professionnel sans local commercial est imposé sur une base minimum, dont le mécanisme est décrit plus bas.

La base de calcul : la valeur locative des locaux

La CFE se calcule sur la valeur locative des biens passibles de taxe foncière dont l'entreprise a disposé pour les besoins de son activité. Ce sont les murs qui sont taxés, pas le chiffre d'affaires ni le résultat. Une entreprise très rentable installée dans un petit bureau paiera moins qu'une entreprise déficitaire occupant un entrepôt de 2 000 m². Cette valeur locative est réduite de 30 % pour les immobilisations industrielles.

La période de référence est décalée de deux ans : la CFE due au titre de 2027 est assise sur les biens dont l'entreprise a disposé en 2025. Ce décalage a deux conséquences pratiques :

  • un déménagement vers des locaux plus grands ne se répercute sur la CFE que deux ans plus tard ;
  • une entreprise qui a quitté un local continue d'être imposée dessus pendant deux ans si elle n'a pas déclaré le changement.

La déclaration de modification se fait sur l'imprimé 1447-M-SD, à déposer au plus tard le deuxième jour ouvré suivant le 1er mai. C'est aussi ce formulaire qui sert à demander une exonération. Ne pas le déposer, c'est laisser tourner une base d'imposition périmée, parfois pendant des années.

La cotisation minimum, quand il n'y a pas de local

Un consultant qui travaille chez lui, un artisan sans atelier, une société domiciliée chez un prestataire : dans tous ces cas, la valeur locative retenue est faible ou nulle. L'article 1647 D du code général des impôts prévoit alors une cotisation minimum, assise sur une base minimum fixée par la commune ou l'intercommunalité.

Cette base n'est pas libre. La loi encadre le montant que la collectivité peut retenir, à l'intérieur d'une fourchette qui dépend du chiffre d'affaires de la période de référence, elle aussi décalée de deux ans. Le barème en vigueur pour 2026 comporte six tranches :

  • chiffre d'affaires inférieur ou égal à 10 000 € : base comprise entre 250 € et 597 € ;
  • de 10 001 € à 32 600 € : entre 250 € et 1 194 € ;
  • de 32 601 € à 100 000 € : entre 250 € et 2 509 € ;
  • de 100 001 € à 250 000 € : entre 250 € et 4 183 € ;
  • de 250 001 € à 500 000 € : entre 250 € et 5 974 € ;
  • au-delà de 500 000 € : entre 250 € et 7 769 €.

Attention à la lecture de ce tableau : ces montants sont des bases d'imposition, pas des cotisations. La CFE due est égale à cette base multipliée par le taux voté par la commune, augmentée des frais de gestion et de la taxe additionnelle perçue pour les chambres consulaires. Ces montants sont revalorisés chaque année sur l'indice prévisionnel des prix à la consommation.

Une règle utile aux activités de très faible volume : les redevables dont le chiffre d'affaires ou les recettes de la période de référence sont inférieurs ou égaux à 5 000 € sont exonérés de la cotisation minimum. Notez que ce seuil de 5 000 € n'a aucun rapport avec les seuils de TVA, qui suivent leur propre logique et sont détaillés dans notre article sur la franchise en base de TVA, ni avec les plafonds du régime micro-entreprise. Trois seuils distincts, trois logiques distinctes.

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C'est la commune qui décide, et cela change tout

La CFE est un impôt local. L'État en assure le recouvrement, mais le taux est voté par la commune ou par l'établissement public de coopération intercommunale sur le territoire duquel l'entreprise dispose de ses locaux.

Les écarts d'une commune à l'autre sont considérables. Deux sociétés identiques, avec la même surface et la même valeur locative, peuvent afficher des CFE très différentes selon leur adresse. C'est un paramètre à intégrer au moment d'un déménagement ou du choix d'une domiciliation, au même titre que le loyer. Le taux applicable figure sur l'avis d'imposition et dans les délibérations publiées par la collectivité.

Même logique pour la base minimum : à l'intérieur de la fourchette légale, chaque commune fixe son propre montant par tranche. Une domiciliation dans une collectivité qui a retenu le haut de la fourchette coûte plusieurs centaines d'euros de plus par an qu'une adresse voisine, à activité strictement identique.

Les exonérations à connaître

L'année de création. C'est l'exonération la plus utile et la plus mal exploitée. Une entreprise créée en cours d'année ne paie pas de CFE au titre de l'année de sa création, quelle que soit la date de démarrage. La condition est déclarative : il faut déposer la déclaration initiale 1447-C-SD au plus tard le 31 décembre de l'année de création. Une entreprise créée en mars 2027 dépose donc sa 1447-C-SD avant le 31 décembre 2027 et ne paie rien au titre de 2027.

La deuxième année. Pour la première année d'imposition effective, la base est réduite de moitié. Notre entreprise créée en 2027 sera imposée en 2028 sur une base divisée par deux, puis en 2029 sur la base entière. Le passage de la deuxième à la troisième année est donc mécaniquement un doublement. C'est ce qui explique la plupart des appels affolés de décembre : rien n'a changé dans l'entreprise, seule l'exonération partielle a pris fin.

Les exonérations permanentes. Elles visent des activités précises : exploitants agricoles, artisans travaillant seuls ou avec une main-d'oeuvre réduite et dont la rémunération du travail représente l'essentiel du produit, artistes, auteurs, certains enseignants, certaines activités de presse. Ces régimes sont d'interprétation stricte : chaque condition doit être vérifiée, une seule qui manque fait tomber l'exonération entière.

Les exonérations de zone. Sur délibération de la collectivité, une entreprise qui crée ou étend un établissement dans un quartier prioritaire de la politique de la ville, une zone franche urbaine ou une zone France ruralités revitalisation peut bénéficier d'une exonération temporaire. Ces dispositifs sont plafonnés en base et soumis à la réglementation européenne des aides. Ils se demandent sur la déclaration 1447-M-SD, ils ne s'appliquent jamais d'office.

Les échéances : 15 juin, 15 décembre

La CFE ne fait l'objet d'aucun avis papier. L'avis d'imposition est mis à disposition dans l'espace professionnel du site des impôts, en général au début du mois de novembre pour le solde. C'est au dirigeant d'aller le consulter, et l'absence de courrier n'a jamais constitué un motif de remise de la majoration.

  • 15 juin : acompte de 50 %, pour les entreprises dont la CFE de l'année précédente atteignait au moins 3 000 € et qui n'ont pas opté pour le prélèvement mensuel.
  • 15 décembre : paiement du solde, ou de la totalité pour les entreprises non soumises à l'acompte.

Le paiement est obligatoirement dématérialisé : prélèvement mensuel, prélèvement à l'échéance ou paiement direct en ligne. Le chèque n'est pas accepté. Un retard entraîne une majoration de 5 %.

Le prélèvement mensuel mérite un mot. Il lisse la charge sur l'année et évite la sortie de trésorerie de décembre, période où s'accumulent déjà la TVA, les cotisations sociales et parfois un acompte d'impôt sur les sociétés. L'adhésion se demande depuis l'espace professionnel.

Le plafonnement en fonction de la valeur ajoutée

Il existe un garde-fou peu connu. La contribution économique territoriale, qui réunit la CFE et la CVAE, ne peut pas dépasser un pourcentage de la valeur ajoutée produite par l'entreprise. Ce taux de plafonnement est fixé à 1,531 % pour 2026 et 2027, puis descend à 1,438 % en 2028, 1,344 % en 2029 et 1,25 % à compter de 2030, année où la CVAE disparaît et où le plafonnement ne portera plus que sur la CFE.

Le dégrèvement n'est pas automatique. Il se demande par voie de réclamation, sur un imprimé spécifique, après le paiement de la CFE. Les entreprises à forte intensité immobilière et à faible valeur ajoutée sont les premières concernées : restauration, hôtellerie, commerce de détail sur de grandes surfaces, activités industrielles en difficulté. Vérifier chaque année si le plafonnement s'applique est un réflexe rentable, surtout après un exercice dégradé. Les autres paramètres fiscaux de l'année, dont la trajectoire de la CVAE, sont repris dans notre synthèse de la loi de finances pour 2026.

Ce qu'il faut retenir

La CFE ne suit pas votre résultat, elle suit vos murs. Sa base est la valeur locative des locaux dont vous avez disposé deux ans plus tôt, son taux est voté par votre commune. Sans local, vous êtes imposé sur une base minimum encadrée par un barème national à six tranches de chiffre d'affaires, à l'intérieur duquel la collectivité choisit son montant. Deux adresses distantes de quelques kilomètres peuvent produire des cotisations très différentes.

Trois dates commandent tout : le 31 décembre de l'année de création pour déposer la 1447-C-SD et sécuriser l'exonération de première année, le deuxième jour ouvré suivant le 1er mai pour signaler un changement sur la 1447-M-SD, et le 15 décembre pour payer. Avec une CVAE à taux effectif nul sous 500 000 € de chiffre d'affaires et sa suppression programmée en 2030, la CFE devient le seul impôt économique local qui pèse réellement sur une TPE. Elle mérite d'être lue ligne à ligne, pas réglée sans contrôle.

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